Lettre de Safia #25 - Emission Réception
Je pensais que les choses allaient s'apaiser.
Après cette première thérapie, je m'étais promis une chose.
Ne plus alimenter chaque conflit.
Ne plus répondre à chaque pique.
Ne plus chercher à convaincre quelqu'un qui avait déjà décidé d'avoir raison.
Ce n'était pas facile.
Parfois, j'avais l'impression d'étouffer.
Les mots montaient jusqu'à ma gorge.
Mais je repensais à cette phrase de la thérapeute.
« Pratiquez la coupure émotionnelle. Ce qu'on vous dit de bien ou de mal ne doit plus vous toucher émotionnellement, ça va vous préserver. »
Elle m'avait expliqué que, dans leur approche, les relations fonctionnaient comme une émission et une réception.
« Tant que vous réagissez aux provocations, vous les entretenez malgré vous. Le jour où vous cessez de les recevoir, la personne en face ressent que quelque chose lui échappe. Il arrive alors qu'elle augmente l'intensité de ses provocations pour essayer de retrouver la réaction habituelle. À ce moment-là, il faudra tenir. C'est là que beaucoup de personnes craquent. »
Sur le moment...
je ne comprenais pas vraiment.
Puis les premiers jours sont passés.
Ma mère a semblé ne rien remarquer.
Puis, très vite...
quelque chose a changé.
Chaque matin, elle trouvait un nouveau reproche.
Mon ménage.
Ma façon de m'habiller.
Le repas.
Mon téléphone.
Mon silence.
Avant, j'aurais répondu.
Je me serais défendue.
J'aurais essayé de lui prouver qu'elle avait mal compris.
Cette fois...
je répondais simplement :
« D'accord. »
Ou parfois...
je ne répondais rien.
Je pensais sincèrement que cela allait calmer les choses.
C'est tout l'inverse qui s'est produit.
Plus je gardais mon calme...
plus elle semblait perdre le sien.
Je sentais parfois la colère monter en moi...
une boule chaude qui attend d'exploser.
J'avais envie de répondre.
De lui dire tout ce que je gardais en moi depuis des années.
Plus d'une fois...
j'ai failli craquer.
Mais je repensais aux paroles de la thérapeute.
"le flux repart chez l'émetteur et tu es préservé"
Alors je respirais.
Encore.
Et encore.
Un soir, alors que je quittais simplement la cuisine pour éviter une dispute, elle m'a suivie dans le couloir.
« Tu te crois où, là ? »
Je me suis retournée.
Sans colère.
Sans crier.
Je lui ai simplement répondu :
« Je ne veux pas me disputer. »
Pendant quelques secondes...
elle m'a regardée sans parler...
un regard noir.
Puis elle a explosé.
« Qu'est-ce qui t'arrive en ce moment ? »
« Qui t'a monté la tête ? »
Puis cette phrase qui est restée gravée dans ma mémoire :
« Continue à jouer à ça, je vais te faire la misère... on verra combien de temps tu tiens. »
Ces mots m'ont bouleversée.
Parce qu'ils confirmaient exactement ce que les thérapeutes avaient essayé de m'expliquer.
Je n'étais plus en train de recevoir les provocations comme avant.
La boucle était rompue.
Et ce qui n'avait plus de prise sur moi...
semblait désormais revenir vers elle.
Ce soir-là...
j'ai compris que la coupure émotionnelle ne consistait pas seulement à garder le silence.
Elle consistait à ne plus laisser entrer en moi ce qui cherchait à me faire perdre ma paix.
Et, pour la première fois...
je me suis rendu compte qu'il fallait parfois beaucoup plus de courage pour ne pas répondre...
que pour répondre.
— Safia
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