Lettre de Safia #22 - On rabat les cartes
Mais ce qui a suivi ensuite…
m'a encore plus bouleversée.
Après avoir parlé de ma mère, la thérapeute a pris une direction à laquelle je ne m'attendais pas du tout.
Elle m'a demandé si certaines pratiques existaient dans ma famille.
Des visites de mausolées.
Des rituels contre le mauvais œil avec le plomb.
Des pratiques culturelles liées au monde invisible comme la croyance du malheur ou bonheur par les objets.
Des sacrifices de sang etc...
J'ai alors parlé de ma grand-mère.
Du plomb qu'elle utilisait.
De ses rêves que beaucoup dans la famille considèrent comme prémonitoires.
En racontant tout cela, je ne ressentais rien de particulier.
Pour moi, c'était normal.
J'avais grandi avec ces choses.
Je n'avais jamais pris le temps de me demander si elles étaient réellement normales.
Puis la thérapeute m'a posé une question qui m'a immédiatement mise mal à l'aise.
Une question que je ne m'attendais absolument pas à entendre.
« Avez-vous déjà eu recours à la masturbation ? »
J'ai senti mon visage devenir brûlant.
J'avais honte.
Une honte immense.
J'ai répondu oui.
Puis elle m'a demandé depuis quel âge.
Quand j'ai répondu que cela remontait à mon enfance, la primaire surement.
Un lourd silence s'est installé.
Elle m'a expliquée que ce sont les conséquences d'un foyer ténébreux, des diables insufflent aux enfants de faire des choses malsaines pour être vulnérable par la suite.
C'est le schéma classique, qui démontre que le chirk est bien ancrée malgré une pratique religieuse.
La question est comment ces diables sont rentrés à la maison.
Je crois que c'est à ce moment-là que j'ai commencé à comprendre que cet entretien ne serait pas une simple discussion sur mon passé.
La thérapeute m'a expliqué que la guérison ne consistait pas uniquement à regarder ce que les autres nous avaient fait subir.
Mais aussi à regarder honnêtement ce que nous entretenons encore aujourd'hui dans notre propre vie.
Que nous avons aussi notre part de responsabilité...
Et ça...
c'était beaucoup plus difficile à entendre.
Parce qu'il est plus facile d'accuser ses parents que de regarder ses propres faiblesses.
Puis elle m'a demandé :
« Les prières sont-elles faciles pour vous ? »
J'ai immédiatement répondu :
« Non. »
Je crois même que j'ai répondu trop vite.
Comme si la réponse m'attendait déjà.
Je les reporte.
Je les retarde.
Parfois je les manque.
Et pourtant, chaque fois que je vais mal, c'est vers Allah que je me tourne.
Comme si je voulais Son aide sans Lui donner la place qu'Il mérite réellement dans ma vie.
Cette prise de conscience m'a fait mal.
Très mal.
Parce qu'au fond de moi, je savais qu'elle disait vrai.
Puis nous sommes revenus sur ma mère.
Et c'est là que j'ai entendu quelque chose qui m'a presque fait pleurer.
La thérapeute m'a parlé de coupure émotionnelle.
Elle m'a expliqué que je devais arrêter d'attendre de ma mère ce qu'elle n'avait peut-être jamais été capable de me donner.
Que je devais cesser de laisser ses paroles décider de ma valeur.
Qu'elle me critique ou qu'elle me félicite...
cela ne devrait plus définir qui je suis.
J'ai senti ma gorge se serrer.
Parce qu'au fond...
j'attends encore son amour.
J'attends encore sa validation.
J'attends encore qu'un jour elle me regarde comme j'aurais aimé être regardée lorsque j'étais enfant.
Et soudain, une pensée m'a traversé l'esprit.
Si j'arrête d'attendre...
alors cela veut dire qu'elle ne changera peut-être jamais.
Cette idée m'a brisé le cœur.
Puis nous avons parlé de ma grand-mère.
Et là aussi, j'ai senti les larmes monter.
Parce que la thérapeute m'a expliqué que je devais lui faire le rappel concernant certaines pratiques.
Avec douceur.
Avec respect.
Mais sans fermer les yeux.
Et j'ai immédiatement pensé :
« Mais moi, je l'aime... »
Je ne vois pas une pratique.
Je vois ma grand-mère.
Je vois celle qui m'a gardée quand j'étais petite.
Celle qui me préparait à manger.
Celle qui me prenait dans ses bras.
Alors comment séparer l'amour que j'ai pour elle de certaines choses que je sais aujourd'hui devoir désapprouver ?
Avant de partir, nous avons aussi parlé de Yacine.
Je leur ai raconté notre histoire.
Ce que je ressens pour lui.
Les espoirs que je place dans cette relation.
Et à ma surprise, ils m'ont proposé qu'il vienne lui aussi en thérapie.
Pour mieux comprendre son fonctionnement.
Ses blessures.
Sa vision du couple.
Et voir si nous sommes réellement compatibles.
Je ne sais pas pourquoi...
mais j'ai senti une certaine prudence dans leurs questions lorsqu'ils parlaient de lui.
Pas du rejet.
Pas un jugement.
Juste une prudence.
Et comme avec ma mère au début de l'entretien...
j'ai ressenti le besoin de le défendre.
Puis, juste avant la fin du rendez-vous, la thérapeute m'a dit une phrase qui continue de résonner dans ma tête.
Une phrase que je n'arrive pas à oublier.
« Avant de savoir si Yacine est bon pour vous... il faut d'abord comprendre ce qui, en vous, a choisi Yacine. »
J'ai eu un nœud dans la gorge.
Parce que pour la première fois...
je me suis demandé si mes choix amoureux parlaient davantage de mes blessures que de mes besoins réels.
Et pour être honnête...
je ne suis pas certaine d'avoir envie de connaître la réponse.
— Safia
PS: Je te partage les liens qu'on m'a demandé de regarder:
Les six types de failles qui nous engouffrent
Masturbation, comment s'en sortir?
Reves premonitoires, les dons, grand danger pour la foi
Le vrai rôle des parents en Islam
Pervers narcissique: comment les reconnaitre?
Pour lire les précédentes lettres c'est ici
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